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Janus

Caractéristiques physiques

Janus est un monde petit (6 600 kilomètres de diamètre équatorial, 0,4 G de gravité à la surface) et résolument hostile en dépit de la présence d'oxygène et d'eau. Janus gravite à faible distance d'une étoile naine rouge : sous l'effet du champ de gravitation de son soleil, la planète a cessé de tourner sur elle-même, présentant un côté plongé dans le jour perpétuel, l'autre dans la nuit éternelle. De là vient certainement son nom, allusion à la divinité romaine aux deux visages.

La planète est uniformément recouverte par de l'eau. Cette dernière se présente sous deux aspects. Côté nuit, c'est une énorme banquise, sur laquelle règne un froid insurmontable sans scaphandre pressurisé. un désert de glace au-dessus duquel les étoiles brillent tristement dans un ciel immobile. Par contre, côté jour, cette eau prend la forme d'un océan dont la surface est perpétuellement en train de bouillir, battu et brassé à jamais par les pluies battantes et les vents inhumains issus d'un cyclone d'une taille colossale, surnommé l'oil de Béhémoth, qui recouvre en permanence tout l'hémisphère de la planète exposé au soleil.

Dans cet enfer, une colonisation humaine sans équipement lourd n'est vaguement possible que dans une frange étroite entre la nuit et le jour, dans la bande du crépuscule, en se limitant à une zone suffisamment proche de la nuit pour que la banquise ne se disloque pas, ni que les vents issus de l'oil de Béhémoth ne soufflent trop fort, mais où le soleil rougeoyant, éternellement immobile au-dessus de l'horizon, suffit encore à dispenser le strict minimum de chaleur.

L'atmosphère, constituée majoritairement d'azote mais très pauvre en oxygène, n'est pas respirable sans équipement artificiel.

En dépit de ces conditions difficiles, la planète abonde en formes de vie aquatiques. Aucun végétal n'y existe, mais des poissons carnivores s'entredévorent en une lutte sans fin dans les profondeurs obscures de l'océan : sous la banquise, là où l'eau est suffisamment chauffée par la présence du magma, ou encore sous le cyclone, quand elle est suffisamment froide pour ne pas être perturbée. De rares créatures terrestres, d'assez grande taille, sont présentes dans la bande du crépuscule : elles arrivent à s'approcher suffisamment de la frontière, où la banquise se disloque, pour parvenir à pêcher. Ce sont des vertébrés imposants, dotés d'énormes poumons capables de filtrer le peu d'oxygène de l'atmosphère. Prédateurs sans intelligence, ces animaux n'hésitent pas à attaquer toute proie plus faible qu'eux et, bien qu'ils soient en général assez lents à cause du faible taux d'oxygène, les visiteurs humains doivent s'en méfier.

Histoire

L'histoire de Janus est récente : monde hostile comme il en existe communément autour des naines rouges, son seul côté remarquable est la présence de vie, ce qui lui valut l'envoi de sondes automatisées par des équipes scientifiques canopiennes afin d'effectuer des prélèvements. Aucun être humain n'y a posé le pied jusqu'à une période proche, 25 ans après le Recontact. A ce moment, deux semblants de colonisation eurent lieu simultanément, mais en s'ignorant mutuellement.

Les premiers habitants sont les forces de combat de la SPI, à qui la planète sert de base d'entraînement. Quelques complexes souterrains abritent des effectifs de quelques milliers de recrues, qui suivent un entraînement militaire à la dure, dans des conditions hostiles. Une ultranef rapide est en orbite autour de Janus, permettant à l'armée de la SPI d'intervenir sur une zone donnée du secteur de la Carène en l'espace de quelques mois, si jamais le téléporteur s'avérait insuffisant.

Les autres habitants sont les adeptes de la secte du Deejkar. Leur population ne dépasse probablement pas les trois mille. Cette secte est née quelques décennies auparavant, à bord d'une ultranef long-courrier qui assurait une liaison permanente, de plusieurs années de voyage, entre le secteur de la Carène et celui, lointain, de l'Hydre. L'isolement permanent dont était victime l'équipage de plusieurs milliers de personnes, favorisa l'apparition de comportement religieux poussés à leur extrême, et ainsi apparut la société du Deejkar.

Monothéistes, ascètes jusqu'à l'excès, les adeptes du Deejkar pense que les hommes et les femmes doivent vivre éternellement séparés, car toute proximité et tout désir charnel interdisent l'élévation de l'âme.

Ce mode de vie étant difficile à pratiquer dans l'étroitesse d'une ultranef, ils se mirent bien vite en quête d'un monde désert sur lequel vivre librement leurs croyances, sans être obligés de cohabiter avec des gens extérieurs à leur secte. Janus leur parut le choix idéal : à l'exception des rares militaires, la bande du crépuscule était totalement déserte et colonisable sans équipement de pointe.

Aujourd'hui, sur Janus, la société du Deejkar est séparée en deux colonies, des forteresses éloignées de plus de cent kilomètres, nommées respectivement la Cité des Hommes et la Cité des Femmes. Sous peine de mort, les hommes et les femmes ne doivent jamais se rencontrer, ni même voir l'image les uns des autres, que ce soit sous la forme d'une photographie ou même d'un dessin. Les relations homosexuelles ne sont pas autorisées pour autant au sein de ces populations unisexes et sont l'objet de châtiments tout aussi sévères.

Une fois par an (en années terriennes, car l'année sur Janus ne dure que huit jours), un rituel a lieu concernant la reproduction : une expédition d'hommes du Deejkar quittent leur forteresse avec un convoi de réfrigérateurs contenant du sperme congelé. Puis ils repartent en abandonnant leur cargaison sur la banquise. Quelques heures plus tard, les femmes viendront récupérer celle-ci, et s'en serviront à des fins d'insémination artificielle. Comme sur Canopus, les enfants sont développés dans des matrices de synthèse. Au bout de deux mois, un nouveau rituel a lieu : les femmes viennent déposer au même endroit, sur la banquise, des matrices protégées contenant des embryons mâles, que les hommes viendront récupérer ensuite. Elles garderont pour elles les embryons femelles. Pour les adeptes du Deejkar, les techniques scientifiques sont aussi un moyen de libérer le corps des turpitudes.

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