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Les ultranefs, ou l'histoire des Diasporas humaines

L'histoire de l'expansion de l'humanité à travers les étoiles remonte à plusieurs siècles, à l'époque connue sous le nom de « Temps des Cendres ». A ce moment, la population de la Terre était en train de chuter sous l'effet conjugué de l'épuisement des ressources et de l'augmentation de catastrophes écologiques en tous genres. L'ensemble de l'humanité avait fini par accepter, comme une évidence inéluctable, son extinction sur le court terme.

C'est pourquoi les nations survivantes des guerres et des catastrophes décidèrent d'employer leurs ultimes ressources dans un projet faramineux, qui visait à perpétuer l'espèce humaine en l'envoyant vers les étoiles.

Le chantier de Saturne

Ce projet, mis au point plusieurs décennies auparavant, consistait à fabriquer un vaisseau spatial géant destiné à atteindre une vitesse proche de celle de la lumière, en utilisant la métrique d'Alcubierre. Sa mise au point était prévue pour requérir un siècle : c'était à peu près l'espérance de vie que l'on donnait alors à l'humanité, et le délai le plus court que l'on pouvait imaginer pour des travaux de cette ampleur, avec le peu de ressources encore disponible.

Le chantier fut installé en orbite autour de la planète Saturne : cette dernière était destinée à fournir l'énergie nécessaire par ses réserves d'hydrogène, et les matières premières grâce aux minerais de ses satellites naturels. La planète fut choisie par commodité : Jupiter étant d'une masse beaucoup plus importante, mais émettant une radioactivité trop dangereuse.

Un vaisseau partit de la Terre avec, à son bord, plusieurs centaines d'ingénieurs et de techniciens. Ils se mirent en orbite autour de Saturne après un voyage de cinq ans. Puis, grâce à des robots évoluant en apesanteur, qu'ils commandaient à distance, ils entreprirent d'extraire les minerais depuis les lunes de la planète et de commencer la construction du vaisseau que l'on devait, plus tard, appeler communément une « ultranef » : la plus grande construction jamais entreprise par l'homme.

Cette première ultranef, nommée simplement « Espoir », se présentait sous la forme d'un immense cylindre d'O'Neill, long de sept kilomètres et de neuf cent mètres de diamètre. Ce cylindre était lui-même placé dans l'axe d'un mince anneau métallique d'un diamètre absolument colossal, au centre duquel il était maintenu en équilibre magnétique. L'anneau, véritable moteur du vaisseau, devait servir à générer le champ magnétique qui courberait l'espace, permettant à l'ensemble d'atteindre la vitesse la plus rapide jamais atteinte par un engin humain, sans déficit de temps : les trois quarts de la vitesse de la lumière environ. En parallèle étaient construits d'énormes réservoirs à hydrogène, destinés à fournir l'impulsion de départ et qui seraient détruits au cours du processus.

En orbite autour de Saturne, les générations de techniciens se succédèrent et l'ultranef « Espoir », lentement, pris forme. Ce serait un vaisseau-génération : le voyage durerait des années, voire des siècles, et la population à bord devrait partir sans espoir de retour, et faire des enfants dans l'espérance que leurs descendants rencontreraient un jour une planète habitable.

La Première Diaspora

Entretemps, sur Terre, la population décroissait de manière dramatique. Les ressources manquaient cruellement, et toutes les nations survivantes employaient leurs dernières forces dans le projet de l'ultranef. Quand, au bout d'un siècle, « l'Espoir » fut enfin prêt, les vaisseaux destinés à le peupler partirent beaucoup moins nombreux que prévu. L'ultranef était prévue pour accueillir six mille colons : à peine la moitié purent embarquer, issus de toutes sortes d'ethnies et de cultures.

Enfin, le grand départ eut lieu, et les passagers quittèrent le système solaire les épaules lourdes de leur responsabilité nouvelle, convaincus que, derrière eux, l'humanité disparaissait sur une Terre exsangue.

« L'Espoir » disposait de juste assez d'énergie initiale pour parvenir à sa première destination, l'Etoile de Barnard, éloignée de 6 années-lumière environ. Dans ce système avaient été détectées plusieurs planètes de type géantes gazeuses, comme Saturne, qui devaient servir de nouveaux réservoirs d'hydrogène. Ce fut l'exode initial, la Première Diaspora.

Les Secondes Diasporas

Parvenus en orbite autour d'une planète de grande taille au bout de dix ans de voyage, les colons entamèrent le chantier suivant : séparer leur ultranef en deux parties, chacune étant agrandie en proportion. Il en avait été décidé ainsi, pour multiplier les chances de survie de l'humanité à travers l'espace.

Ce second chantier progressa plus vite que le précédent, étant donné le savoir-faire acquis. Au bout de quelques années, ce furent deux ultranefs, « l'Espoir » et le « Renouveau » qui quittèrent le système de l'Etoile de Barnard dans deux directions opposées, vers des étoiles où les astronomes avaient détecté des exoplanètes susceptibles de ressembler à la Terre.

Au cours des siècles suivants, le processus se répéta à intervalles réguliers, et plusieurs dizaines d'ultranefs finirent par parcourir l'espace, issues de cette division initiale comparable à la reproduction des amibes. C'est ce qu'on appela les Secondes Diasporas.

Ces ultranefs étaient totalement isolées les unes des autres : impossible de communiquer entre elles, ou avec la Terre des origines. Chacune devenait une nation à part entière de plusieurs milliers de personnes, avec ses propres coutumes, ses propres idéaux. Quelquefois, des guerres éclataient à bord. Certaines séparations d'ultranefs eurent lieu à cause de tels conflits.

Entretemps, les techniques progressaient et ces immenses vaisseaux devenaient de plus en plus rapides, parvenant à dépasser plusieurs fois la vitesse de la lumière. Certains équipages d'ultranefs parvinrent à coloniser des planètes habitables. D'autres disparurent à jamais dans les profondeurs de l'espace. D'autres encore, ne descendirent jamais à la surface des planètes et continuèrent d'habiter leurs grands vaisseaux, soit qu'ils avaient arrêté ces derniers dans l'orbite d'une géante gazeuse, soit qu'ils avaient décidé d'effectuer une rotation entre différents mondes habités, afin d'assurer un minimum de liaison entre ces derniers quand ils n'étaient pas trop éloignés.

Le Recontact

Vint alors une période où les mondes colonisés par l'homme vécurent dans un isolement plus ou moins grand les uns par rapport aux autres. En effet, les années que nécessitait encore le voyage d'une étoile à l'autre rendaient tout contact entre deux systèmes stellaires très difficile. Dans certains secteurs bien délimités comme celui de la Carène ou de l'Hydre, certaines ultranefs continuaient à tourner inlassablement entre les différentes étoiles, mais avec des périodes de voyage si effroyablement longues que la seule utilité de ces transports était de permettre aux habitants d'un monde donné de savoir que des voisins existaient... certaines planètes isolées de ces routes spatiales, comme Haldar, vécurent même plusieurs siècles dans l'ignorance totale de l'existence d'autres colonies.

Entretemps, sur Terre, l'humanité n'avait pas disparu comme on l'avait cru. Le chantier de « l'Espoir » avait permis la découverte de nouvelles sources d'énergie et de technologies novatrices. Après une longue période de stagnation, l'humanité s'était remis à croître, la biosphère des océans avait été en partie reconstruite grâce au clonage. Et les civilisations nouvelles qui s'étaient édifiées avaient réussi à créer une génération nouvelle d'ultranefs, beaucoup plus rapides, exploitant l'énergie quantique du vide. Ces dernières pouvaient désormais atteindre plusieurs centaines de fois la vitesse de la lumière. Un voyage entre la Terre et Canopus était à présent possible en seulement quatre ans.

De vastes entreprises de voyage et d'exploration furent entreprises, depuis la Terre, pour rétablir les communications entre les différentes colonies de l'espace. D'autant qu'au même moment, sur Canopus, le procédé de la téléportation avait été mis au point, permettant le transport instantané de personnes, d'objets ou de flux de données d'une planète à l'autre.

Ce fut l'époque du Recontact. La téléportation, trop coûteuse, n'avait encore qu'un usage limité, mais grâce aux ultranefs plus rapides, le commerce entre les mondes était désormais possible, de même que les flux migratoires. Des organisations interplanétaires furent mises en place pour maintenir un ordre commun dans cet univers élargi, comme par exemple la SPI.

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