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Déméter

Caractéristiques physiques

D'une masse et d'un taux de gravité très semblables à ceux de la Terre, orbitant à distance confortable d'une étoile naine jaune similaire au Soleil, Déméter est une planète qui réunit de nombreuses conditions favorables à la vie humaine. Pas toutes les conditions, cependant : à l'origine, ce monde, relativement jeune, présentait un écosystème rappelant fortement celui de la période du Dévonien, il y a 400 millions d'années. La vie indigène était abondante, surtout dans les océans, mais le taux d'oxygène trop faible pour permettre une colonisation. C'est pourquoi la terraformation de Déméter consista, pour l'essentiel, à augmenter le taux d'oxygène dans l'atmosphère, puis à introduire des végétaux et des animaux originaires de la Terre.

Le processus de terraformation anéantit la majeure partie des formes de vie locales, qui ne pouvaient supporter ce surplus d'oxygène. Aujourd'hui, 85% des espèces vivant sur les terres émergées sont terriennes ; les autres sont soit des espèces indigènes qui ont survécu et se sont adaptées, ou encore des espèces terrestres qui ont muté pour des raisons mal connues.

La planète est devenue depuis tout à fait semblable à la Terre, avec des plages de température identiques, ainsi qu'une activité tectonique modérée. Même la durée du jour y est assez proche du jour terrestre. La principale caractéristique de ce monde, quand il est vu depuis l'espace, est une vaste ceinture de milliers d'anneaux de glace. La formation de ces anneaux demeure mystérieuse. On suppose que plusieurs millions d'années auparavant, une ancienne lune constituée de glace s'est rapprochée progressivement de la surface, pour se disloquer au contact de l'atmosphère, avant de se recomposer en anneaux. Les reflets du soleil sur ces derniers rendent les nuits de Déméter exceptionnellement claires.

Histoire

Les premières vagues de colonisation remontent à deux siècles. Repérée longtemps auparavant grâce à de puissants télescopes en série, Déméter suscita l'intérêt, sur Terre, de la communauté des Gaïans, un mouvement écologiste dont le but était de terraformer une planète pour y implanter une société pastorale, débarrassée des technologies superflues. Déméter, pour eux, constituait l'endroit idéal : les senseurs indiquaient une planète déserte mais prometteuse, facile à terraformer. Pendant les Secondes Diasporas, les Gaïans voyagèrent jusqu'au secteur de la Carène à bord d'une ultranef nommée le Arthur C. Clarke, dont ils constituaient la moitié de la population à bord. Au cours du voyage, ils s'appliquèrent à préparer leur programme de terraformation.

Ce dernier, pour l'essentiel, consistait à cultiver une algue transgénique, l'algue-épine, programmée pour proliférer dans les océans déméteriens de façon accélérée, en transformant la plus grande quantité possible de dioxyde de carbone en oxygène. Pour obtenir le surcroît de dioxyde de carbone, il était prévu de frapper une partie de la calotte glacière à l'aide de missiles, afin de vaporiser les carbonates qui y étaient théoriquement accumulés. L'algue, quant à elle, était programmée génétiquement pour disparaître une fois son rôle rempli.

Une fois arrivé dans le système de Déméter, les Gaïans se détachèrent de l'ultranef à bord de leur propre vaisseau indépendant. A leur arrivée sur la planète, ils furent surpris de constater qu'il y avait beaucoup plus de formes de vie que prévu. Ils se retrouvèrent confrontés à un dilemme. Que fallait-il faire ? Renoncer et trouver un autre monde, ou appliquer le projet tel quel et commettre un écocide, en anéantissant la flore et la faune locales ? Un tel massacre heurtait les convictions écologistes des Gaïans ; mais ce peuple avait préparé ce projet depuis des générations, et leur vision d'une société pastorale future primait sur toute autre chose. Revenir en arrière était encore plus difficile à concevoir que de tuer un écosystème. Un vote fut organisé, et la décision de poursuivre le projet l'emporta.

Le vaisseau-colonie se positionna en orbite, et le bombardement de la planète commença. Pendant trente-cinq ans, les Gaïans attendirent patiemment, depuis l'espace, que l'atmosphère de la planète se stabilise. Puis ils descendirent et s'empressèrent de planter leurs semences congelées, et d'élever en plein air les animaux clonés.

Dès que le nouvel écosystème fut en place, les infrastructures modernes furent abandonnées, à l'exception de quelques-une à des fins médicales. Pour le reste, les colons bâtirent leur version d'un monde édénique, basé sur une vision idéalisée de la Terre pré-révolution industrielle. Encouragés à faire beaucoup d'enfants, ils s'essaimèrent dans une bonne partie des continents de leur monde, se dispersant en une multitude de nations.

Ils vécurent isolés pendant des générations, jusqu’à il y a 50 ans lorsque s’effectua le Recontact. Les premiers à s'intéresser à Déméter furent les Canopiens. Les plus riches d'entre eux étaient séduits par l'idée d'acheter des terrains sur cette planète accueillante, qui les changerait de leur monde hostile et ultra-technologique. Assez vite, la mise en place d'un système de commerce interplanétaire avait lancé les dirigeants des différentes nations de Déméter dans une compétition pour le profit : certes, les besoins des Déméteriens étaient nettement plus frustes que ceux des mondes voisins, mais les dirigeants, avides de gagner de l'argent pour acheter des titres de prestige, se laissèrent convaincre de vendre à des habitants de Canopus des milliers de kilomètres carré de territoires vierges.

Cela ne fut pas vraiment du goût des peuples des dirigeants en question, fâchés de voir leur mode de vie risquer d'être bouleversé par l'arrivée des étrangers. D'emblée, une méfiance réciproque s'installa, bien que les nouveaux arrivants aient fait preuve d'une certaine ouverture d'esprit en renonçant en partie au tout-technologique, pour s'inspirer d'un mode de vie calqué sur celui de la Terre du milieu du vingtième siècle en Occident. L'aisance, l'hédonisme, l'arrogance propre aux gens aisés qui constituaient le caractère de la plupart des nouveaux venus heurtaient les descendants des Gaïans, au mode de vie nettement plus austère.

La population de Déméter se scinda dorénavant en deux groupes, apparemment inconciliables ; on pense que ce fut un journaliste qui avança le premier les qualificatifs d'« internistes » et d'« externiste », qui revêtirent dès lors un caractère officiel. Les descendants des Gaïans devinrent les Internistes, alors que les nouveaux colons furent appelés Externistes, et chacun se retrancha dans ses propres territoires, se tolérant mutuellement avec un certain dédain réciproque. Jusqu'à récemment, la cohabitation était relativement paisible, mais depuis peu, de sérieuses querelles commencent à éclater.

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